Témoignage – Le métier d’AESH

Les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) sont chargés d’aider au quotidien les élèves en situation de handicap et sont indispensables à leur inclusion scolaire. Elles peuvent travailler de l’école maternelle jusqu’au lycée, voire même parfois dans le supérieur. Leur métier est très différent d’un handicap à l’autre : elles peuvent accompagner des élèves en situation de handicap moteur, des élèves avec un trouble autistique ou des élèves ayant un fort trouble DYS. Leur rôle est donc INDISPENSABLE à la réussite de ces élèves.

Pourtant, depuis la mise en place des PIAL (Pôles Inclusifs d’Accompagnement Localisés) en 2019 (amené à être généralisée en 2022), les AESH sont de plus en plus mutualisés pour accompagner davantage d’élèves. Ainsi, le nombre d’heures attribuées à un élève par la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) est de plus en plus faible et celui-ci n’est donc plus accompagné comme il le faudrait. Quelle utilité y a-t-il à attribuer 5 heures d’aide par semaine à un élève pour une semaine de 24 heures de classe?

Par ailleurs, leur faible salaire avec 750 euros en moyenne par mois est intolérable. A cela s’ajoute un statut précaire et un manque de reconnaissance de l’Institution. Il serait temps d’améliorer enfin leurs conditions salariales et leur formation insuffisante pour ce métier indispensable à l’intégration de chaque enfant si souvent prônée par l’Education Nationale.  

J’ai choisi d’interviewer différentes AESH en poste avec qui j’ai travaillé pour témoigner des réalités de ce métier.

1) Quel est votre rôle auprès de l’élève ? En quoi consiste l’aide apportée ?

Véronique : Pour moi, l’AESH aide l’élève dans la vie quotidienne et dans les activités scolaires. Elle accompagne l’enfant et établit un lien étroit avec lui. Il faut dès le début mettre l’élève en confiance et cela n’est pas toujours évident.

Marianne : Mon rôle est de les assister dans leur travail, de les guider, de les rassurer ou les recadrer et verbaliser quand il y a un problème. 

Sylvie : Tout d’abord, c’est important de se familiariser avec l’enfant et de chercher son bien-être en priorité. J’observe, je montre, je l’aide et au fur et à mesure, je le laisse essayer pour le rendre autonome. Il faut accompagner l’élève en permanence, avoir un instinct de protection et veiller à le mettre en sécurité (vis-à-vis de lui-même ou d’autres élèves parfois). Je dois également l’aider à devenir autonome. Pour les petits, je les aide à s’habiller, enlever ou mettre leurs chaussures. En classe, je reformule les consignes, je veille aux défauts de concentration, je l’aide dans l’utilisation des supports et de ses gestes.

Aurélie : Mon rôle est de favoriser l’accès aux activités d’apprentissage (éducatives, culturelles, sportives, artistiques ou professionnelles),  développer les activités de la vie sociale et relationnelle et de permettre les actes de la vie quotidienne.

2) Quelles sont les qualités requises pour être AESH ?

Véronique : Il faut savoir communiquer et écouter l’élève, l’enseignant et les parents. Il est nécessaire de rester discret et ne pas perturber la classe. Il est aussi important de savoir quand il faut laisser l’enfant autonome et quand il faut intervenir.

Marianne : Il faut être à l’écoute de l’enfant pour lui donner confiance en lui, qu’il sache qu’on est là pour lui. C’est important de le rassurer face à une situation perturbante. Il faut aussi être très patient et ce n’est pas toujours évident. Puis, on n’est pas là uniquement pour sa vie scolaire mais aussi pour son bien-être et son développement personnel.

Sylvie : Il faut de la patience, de la bienveillance, ne pas avoir peur d’avoir des réflexions d’élèves ou d’enseignants. C’est important aussi d’être passionné pour aider l’autre et indispensable d’être en forme physique !

Aurélie : Le métier d’AESH nécessite des qualités d’écoute, de patience et d’empathie. Il faut également avoir un bon relationnel, apprécier le travail avec les jeunes et le travail en équipe.

3) Quels sont les différents profils d’élèves que vous pouvez accompagner ?

Véronique, Marianne, Sylvie et Aurélie : Ils sont très variés : les troubles du langage, le handicap moteur ou physique, les troubles des apprentissages, des enfants avec TDA/H, les spectres autistiques ou encore des élèves avec une maladie rare avec des besoins particuliers,…  On peut également avoir des enfants dont les troubles ne sont pas diagnostiqués, ce qui est très compliqué pour les aider au mieux.

4) Comment se passe la relation avec les enseignants ? Ont-ils des attentes particulières ? Est-ce toujours facile ?

Véronique : Il faut impérativement une collaboration et travailler en binôme. Chacun a sa place dans la classe mais ce n’est pas toujours facile. L’enseignant attend une aide de l’AESH pour faire évoluer l’élève. Pour ma part, j’ai eu beaucoup de chance car la majorité des enseignants comprennent que nous sommes dans la classe pour aider et non pour les surveiller. Mais j’ai eu quand même une très mauvaise expérience récemment avec une enseignante particulière. Cela reste exceptionnel heureusement.

Marianne : Les enseignants nous guident au début mais ils attendent aussi qu’on prenne des initiatives avec les enfants que l’on accompagne. Pour ma part, cela s’est toujours très bien passé, même avec les remplaçants.

Sylvie : Ce n’est pas toujours facile. Dans certaines écoles, l’enseignant délègue tout à l’AESH et ne s’occupe plus réellement de l’élève. Il n’adapte pas toujours son enseignement à l’élève et attend qu’on s’en occupe à 200%. Il faut beaucoup s’adapter et ce n’est pas toujours évident. Mais cela se passe aussi très bien comme l’année où j’étais au collège. Les professeurs étaient très bienveillants et je me sentais prise en compte comme un personnel de l’éducation à part entière.

Aurélie : J’ai travaillé avec quatre institutrices et toujours dans de très bonnes conditions. Des relations très positives avec beaucoup d’échanges et de complicité.

5) Quel lien avez-vous avec les parents ?

Véronique : Il est important d’être à l’écoute des parents sans tomber dans la familiarité. Il est nécessaire de partager les problèmes des parents en ce qui concerne leur enfant et d’essayer de trouver des solutions. Il est bien sûr indispensable de prendre ses distances avec des parents trop envahissants. Les échanges parents/AESH doivent impérativement être en concertation avec l’enseignant.

Marianne : Quand j’ai un lien avec les parents, j’essaye toujours d’être avec l’enseignant. Mais il m’arrive de les croiser dans la rue ou qu’ils soient mes voisins. Dans ce cas, s’ils m’interrogent sur leur enfant, je leur dis d’attendre d’être en rendez-vous officiel avec l’enseignant. Officiellement, je crois que je n’ai pas le droit de parler toute seule avec le parent.

Sylvie : Le lien ave les parents est officieux. Pendant le confinement, j’ai eu la maman d’un élève au téléphone et on s’est échangé des mails. Je lui ai aussi créé des jeux et des activités progressives. Mais sinon, j’évite de parler pédagogie sans la présence de l’enseignante.

Aurélie : Je n’ai aucun lien avec les parents, les transmissions sont faites à l’enseignant sauf pendant le confinement où  je communiquais deux fois par semaine pour garder un lien avec l’enfant.

6) Quel est le contenu de votre formation ? Est-elle suffisante ?

Véronique : Il y a 60 heures de formation obligatoire. Cette formation permet des rencontres avec les collègues, de comparer nos expériences et d’échanger. Je trouve cette formation suffisante car je considère que j’apprends davantage sur le terrain. La formation est trop théorique.

Marianne : Aucune formation pour démarrer, j’ai seulement eu une réunion à Pôle Emploi pour expliquer les différents profils d’élèves que nous pourrions accompagner. Le problème des formations proposées est qu’elles sont principalement théoriques, pendant des jours de congés et très loin de mon domicile. Cela représente parfois plus de 3 heures de transport pour 2 heures de formation…

Sylvie : Non, elle n’est pas suffisante ! Par exemple, j’aurai aimé avoir des stages ( comme les élèves de 3e en entreprise) dans une structure accueillant des enfants en situation d’handicap afin de pouvoir mieux m’adapter en fonction des enfants. La formation est principalement théorique. Puis, on manque de groupes de discussions entre AESH pour partager nos expériences, notre vécu et s’entraider.

Aurélie : Nous avons 60 heures obligatoires avec plusieurs modules. Il y a beaucoup de conseils et d’informations pour chaque handicap mais uniquement 3 heures pour apprendre et gérer l’handicap… ce qui est parfois pas suffisamment complet.

7) Comment peut-on devenir AESH ?

Véronique : Il faut un bac et postuler auprès du rectorat. Après un entretien, si le candidat est retenu, on lui propose un CDD renouvelable de 5 ans. Si cela se passe bien et que tu désires continuer, tu peux avoir un CDI.

Marianne : Je suis allée à une journée de recrutement à  Pôle Emploi avec une inspectrice, une psychologue scolaire et une conseillère pédagogique. Mon profil a plu et j’ai été rappelée.

Sylvie : Je suis devenue AESH en CUI (Contrat Unique d’Insertion). Maintenant, il faut normalement avoir un diplôme d’Etat d’accompagnement éducatif et social (DEAES) spécialité « accompagnement à l’éducation inclusive et à la vie ordinaire ». On a des CDD de 1 an renouvelable pendant 5 ou 6 ans.

Aurélie : J’ai J’obtenu mon CAP « petite enfance » grâce à une VAE (Validation des acquis de l’expérience).

8) Quelles difficultés méconnues aimeriez-vous partager sur votre métier ?

Véronique : Cet emploi est trop précaire et très peu rémunéré. Il ne permet pas de vivre décemment seule.

Marianne : La première difficulté est d’avoir plusieurs élèves sur différentes écoles. On court à droite et à gauche ! C’est également compliqué de venir pour un élève uniquement pendant 40 minutes et repartir ensuite. Une autre difficulté est qu’on nous impose des enfants très lourdement handicapés alors que nous ne sommes pas formés pour les aider. On ne sait pas quelles sont les limites quand un élève se met lui-même en danger. Et maintenant, cela va être de plus en plus difficile car on se retrouve à devoir gérer plusieurs élèves en même temps dans une classe.

Sylvie : On se sent parfois « bouche trou » à compléter quelques heures pour un élève dans une école. Il faut s’adapter en permanence. On a souvent plusieurs élèves, ça peut être un au collègue le matin ; puis un autre enfant à l’école maternelle l’après-midi. On peut même changer d’établissement 2 fois la même matinée ! Du coup, on n’a plus le temps de créer des relations avec les enseignants ou d’autres AESH.

Aurélie : Nous ne connaissons pas toujours les difficultés et le handicap de l’enfant car parfois les parents veulent garder le secret médical. Puis, les AESH sont de plus en plus mutualisées, les élèves obtiennent parfois 10 heures d’accompagnement mais ont la plupart du temps moins d’heures avec leur accompagnant .Les parents ne sont d’ailleurs pas avertis que l’emploi du temps de leur enfant avec son AESH peut changer en cours d’année (on lui enlève des heures précieuses) pour les besoins d’autres élèves dans d’autres établissements.

9) Malgré cela, pourquoi aimez-vous ce métier ?

Véronique : J’aime ce métier car chaque matin, je me lève pour aider les enfants en difficulté. Souvent c’est décourageant quand il faut recommencer ce que j’ai fait la veille mais cela fait parti du métier et il ne faut jamais renoncer. Certains de mes anciens élèves sont allés au collège et pour moi, c’est une réussite.

Marianne : J’ai toujours aimé le relationnel avec les enfants. J’ai voulu les aider car j’avais moi-même un enfant handicapé et qui n’a pas bénéficié de cette aide.

Sylvie : C’est ma vocation. J’aime aider les élèves, les faire avancer et ne pas être toujours dans la négative et l’interdiction mais privilégier la discussion. Au fur et à mesure des années, je gagne en confiance, je reçois des compliments et je sens que j’ai la bonne approche.

Aurélie : Quand je m’occupe d’un enfant, j’aime le voir s’épanouir, venir à l’école avec le sourire et devenir autonome. Et le soulagement des parents car leur enfant progresse.

Merci encore à Aurélie, Sylvie, Marianne et Véronique d’avoir partager leur expérience!

Au vu de leurs témoignages et de la lecture de divers articles, il semble que les conditions du métier d’AESH n’évoluent pas dans le bon sens pour permettre une inclusion réelle des élèves en situation d’handicap. En améliorant votre salaire, votre formation, vos conditions de travail, il pourrait y avoir un impact très positif sur le développement de ces enfants à besoins particuliers et leur vie dans la classe et en dehors. Peut-être est-ce le moment de se mobiliser (AESH, enseignants, parents, personnels éducatifs,…)  pour réclamer ce qui devrait enfin être fait?  

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